Arman au centre Pompidou en 2011

Exposition Arman du 22 septembre 2010 au 10 janvier 2011

Consacré à l’un des plus grandes figures de l’art français du 20èm siècle, cette rétrospective propose une traversée de toute la production artistique d’Arman à travers une centaine d’œuvres. Né à Nice en 1928, décédé à New York en 2005, Arman étudie à l’Ecole des arts décoratifs de Nice, puis à l’école du Louvre à Paris.
Il entame sa pratique de l’art par la peinture, influencé par l’abstraction qui domine alors la scène artistique en France. Mais Arman va très vite développer une œuvre en phase avec son équipe ; en utilisant des objets manufacturés produits par la société de consommation. Avec Yves Klein et martial Raysse, ils formeront le noyau niçois du nouveau réalisme, fédéré en 1960 par le critique d’art Pierre Restany. A partir d’objets de rebut, Arman imagine des poubelles, des accumulations, des colères, des coupes, des combustions, des inclusions etc.., témoins de la production sérielle, de l’envahissement de l’environnement par les déchets mais aussi méditation sur le temps.

Exposition Arman 2011 Centre Pompidou

Exposition Arman 2011 Centre Pompidou

La première accumulation d’Arman fut conçue en un éclair, en regardant un casier d’objets amassés.
Le casier, le compartiment, le tiroir, la case de l’échiquier ou du jeu de go, dont l’artiste était un fervent adepte, ont fondé le langage artistique d’Arman, mais aussi participé de sa relation personnelle au monde.
Pour cette raison, l’architecture intérieure de l’exposition a été conçue selon le schéma d’une grille visible au sol, qui matérialise le territoire « armanien » autour de sept sections thématiques.
De grandes installations illustrent l’évolution ultérieure des procédures mes en œuvre par l’artiste en début de sa carrière.
Des images d’archives ou des créations cinématographiques montrant les actions publiques majeures d’Arman complètent l’exposition.

L’informel et l’objet :

Dans les années 1950 Arman dirige son travail vers une peinture non figurative témoignant de l’influence de Serge Poliakoff et de Nicolas de Staël. Puis l’artiste découvre l’œuvre d’Hendrick  Nicolass Werkmann, voit quelques tableaux de Jackson Pollock et au printemps 1954 visite l’exposition Kurt Schwitter à la galerie Berggruen. Il abandonne alors le pinceau pour récupérer des tampons encreurs administratifs avec lesquels il imprime par des gestes automatiques la surface de la feuille et du tableau. Arman adopte rapidement les grands formats et la règle de composition du all over. Il fréquente des personnalités du Groupe de recherche musicale dirigé par Pierre Schaeffer, qui vient d’inventer des appareils permettant d’étirer le son ou de la ralentir, appelant cela Allures d’objets en musique. Arman débute alors son propre travail sur les Allures d’objets. Il élabore les premières Allures Colères, dans lesquelles les débris cassés de l’objet sont collés sur la toile. L’objet fait irruption dans le champ spatial du tableau..
En 1959-60 Jacques Bissot, membre du GRM réalise en collaboration avec Arman le film objets animés, dédié aux Allures d’objets mais aussi d’éléments naturels  et de corps mais aussi d’éléments naturels et de corps selon un savant micro-montage.

Les Poubelles, le plein : cette démarche est à rapprocher de celle du Collage TRASH de Bruno Mouron et Pascal Rostain.

Vers la fin de l’année 1959, Arman expérimente sa première poubelle, déversant le contenu d’une poubelle ménagère dans une boîte en verre. Il va en réaliser plusieurs pendant trois ans selon ce principe. Quelques mois plus tard, l’artiste initie sa série des portraits-robot. Le jeu artistique consiste à réunir dans une boite des objets fournis par la personne. Il ne s’agit pas d’exécuter un rébus littéraire ou descriptifs mais de mettre en exergue l’essence même de la personnalité de la personne concernée. Puis, en 1960, dans la lignée de la retentissante exposition « le vide » de son ami Yves Klein à la galerie Iris Clert.
Arman y organise « Le Plein ». Il remplit la galerie jusqu’au plafond de détritus et d’objets de rebut. Arman découvre au début des année 1970 le plastique « masscast » à polymérisation extrêmement rapide, permettant de traiter des volumes beaucoup plus importants. Il reprend la série des poubelles en incluant cette fois-ci tous les déchets, y compris organiques. En 1972, sur une d’idée d’Arman, Jena Pierre Mirouze réalise Sanitation, un film sur le ramassage et le stockage des ordures produites chaque jour par la ville de New York.

La masse critique de l’objet :

Arman raconte comment lui est venue l’intuition de l’Accumulation, en regardant ses boites d’objets collectés : « La plus profonde contenant ses ampoules de postes radio, dorées, argent, certaines noires. C’était bien plein. Je la regarde et j ai une sorte d’impulsion. Je trouve un rhodoïde, je le coupe à la taille de la boite – et pan pan je le cloue tout autour de la boite. Puis je prends un pinceau avec du noir – Je peins des côtés de la boite et sur à peu près 1cm le rhodoïd. Je le redresse et j ai ma première accumulation». l’accumulation est la répétition en grand nombre d’un objet de même type ; elle fait valoir le principe de production en série d’un objet mais aussi de singularité de chacun dans sa grande ressemblance avec le suivant. Arman prend acte de la production industrielle massive comme nouvelle réalité. L’accumulation marque également l’aboutissement artistique d’un contexte familial où l’on cultive la passion de la collection.
Dans Accumulation naturelles, Nice 1960, montage de Jean Pierre Mirouze, Arman est filmé dans les décharges et chez les ferrailleurs de la banlieue niçoise à la recherche de ses matériaux de prédilection ; les objets de rebut.

Colères et coupes

En 1961, Arman réalise une première colère en public en détruisant des copies des meubles Henri II (sans titre 1961). Une seconde colère est réalisée devant les caméras de la NBC, NBC Rage (1961). Pour chaque colère, l’artiste travaille avec une gestualité empruntée à la pratique des arts martiaux, qu’il adapte pour sauvegarder partiellement l’identité de l’objet. A partir de 1963, Arman invente les Colères spectaculaires avec les explosions. Le 5 Avril 1975, Arman réalise la performance Conscious Vandalisme, où il saccage un appartement de la moyenne bourgeoisie. L’environnement des objets brisés fait fonction de catharsis poétique, à la fois violente sublime. Le geste artistique recèle une grande ambiguïté puisqu’il détruit l’objet partiellement et le pérennise en le présentant sous une nouvelle forme.
Avec le procédé de la Coupe développé dès 1961, Arman cherche à comprendre la structure interne de l’objet, qu’il déstructure pour modifier à sa guise l’apparence externe finale. La Coupe engendre une métamorphose de l’objets, créant souvent une anamorphose en trois dimensions et effectue des rappels avec des mouvements artistiques antérieurs.
Comme le cubisme, le constructivisme ou le futurisme de Boccioni et de Carra. Colères, 1976-2010 de jacques Brissot montre Arman réalisant des Coupes et des Colères d’instruments.

Archéologie du futur

Le recours à des matériaux tels que la résine ou le ciment vont permettre à Arman de protéger les œuvres constituées de débris. L’immersion des objets dans une matière fait référence aux fossiles et aux sites archéologiques. La transparence de la résine polyester nous guide vers l’allégorie pompéienne, tandis que les couleurs grises bleutées des Emersions évoquent plutôt les catastrophes écologiques contemporaines (le piano de Néron 1999). Les combustions, réalisée parallèlement à des séries, participent à l’exploration de cette volonté de destruction sublime. La fragilité de l’objet saisi un moment critique de sa fin évoque une esthétique de la ruine, engageant notre rapport au temps et son fort pouvoir philosophique. Arman réalise ainsi en 1985, une œuvre monumentale the Day After, a paris de la combustion d’un salon complet de style Louis XV, fondu en bronze. Dans le film Ecole de Nice, le cinéaste Gérard Patris montre à travers la première combustion de piano, l’implication du travail d’Arman dans le contexte des années 1960

Arman, Renault : art et industrie

Avec la firme Renault, Arman va pouvoir créer des œuvres à partir de l’objets phare de la société contemporaine : l’automobile. Confronté au système e production industrielle Arman n’aborde plus un objet fini mais des unités (les pièces détachées) qui assemblées compose un objet un objet particulièrement complexe dans sa structure ; ce travail sur les unités réponds à l’appétence naturelle d’Arman pour le sériel et le répétitif. Le résultat est un renouvellement magistral du langage mis en place avec ses accumulations. Les œuvres produites, ses grandes sculptures notamment, reviennent sur les problématiques de formalisme dans l’histoire de la sculpture contemporaine. Dans le reportage de Carlons Vilardebo pour la télévision, Accumulation d’Arman, 1969, l’artiste explique s démarche « au départ il était juste question de faire une « pièce » mais d’autres appétits sont née. Je crois que ne travaillerai plus de la même manière après cette étape »

Arman réinterpréte  la peintre

En 1966, Arman institue la peinture et la couleur comme objets en les incluant dans la résine. Vingt plus tard, il fait la démonstration de ses dons pour la couleur sans d’imposantes œuvres qui marquent leur retour à la gestualité. L’artiste accumule et piétine avec vigueur une grande quantité de tubes ; le shooting d’Arman propose une alternative au dripping de Pollock avec une autre forme de coulée de la peinture sur la toile, qui est une giclée. Rappelons qu’armant a toujours gardé à l’esprit la dimension picturale de ses œuvres, restant proche de la perception de l’œuvre comme surface émettant en avant la question du all over et du geste répétitif de Jackson Pollock. La figure de Vincent Van Gogh reste une référence fondamentale dans la carrière d’Arman, qui lui rendra hommage en 1994 avec des interprétations personnelles de la Nuit étoilée. Le film Shooting painting tourné par Jean Ferrero entre 1990 et 1991 dans l’atelier d’Arman à Vence est un témoignage du Shooting comme geste pictural.

 

Voir aussi sur ce site :  Arman artiste historique de l’assemblage 

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