Picasso Guitare

Tableau composé de cordes et papier journal

Ce tableau Guitare réalisé par Picasso au printemps 1926 qui est composé de Cordes, papier journal, serpillière et clous sur toile peinte donna prétexte à Aragon la réflexion suivante:  » Vers le même temps, il arriva que Picasso fit une chose très grave. Il prit une chemise sale et il la fixa sur une toile avec un fil et une aiguille. Et comme avec lui tout tourne en guitare, ce fut une guitare par exemple. Il fit un collage avec des clous qui sortaient du tableau. »Il eut une crise, il y a deux ans, une véritable crise de collage : je l’ai entendu alors se plaindre, parce que tous les gens venaient le voir et qui le voyaient animer de vieux bouts e tulle et carton, des ficelles et de la tôle ondulées, des chiffons ramassées dans poubelle, croyaient bien faire en lui apportant des coupons d’étoffes magnifiques pour faire des tableaux. Il n’en voulait pas, il voulait les vrais déchets de la vie humaine, quelque chose de pauvre, sali, méprisé » (1)

Cette « chose grave » dont parle Aragon est en effet une des oeuvres les plus fortes, les plus irréductibles de l’art de Picasso, car par-delà la violence qu’elle exprime, il semble qu’elle mettre en jeu des forces maléfiques qui relève de la part de magie inhérente à l’oeuvre de peintre.

Cette toile va de pair avec une autre guitare qui est comme son pendant : dans l’une, les clous sont enfoncés dans le support, dans l’autre, ils sortes agressivement du tableau. La pauvreté le misérabilisme des ces chiffons sales et déchirés, dont l’un est écartelé en forme de croix, l autre troué, les ficelles qui transpercent les toiles, les clous et les déchirures, tout cela dégage une impression de malaise, de douleur, et d’étrangeté qui confère à ces oeuvres la dimension d’horreur sacrée.

 

Aucune courbe décorative, aucun charme de couleur, ne viennent adoucir le choc cruel de ce tableau. C’est une expression de colère agressive et puissante dans un langage qui le rend douloureusement clair écrit Penrose. Picasso avait même pensé à noyer des lames de rasoir dans les angles de matière à ce qu’on se coupe les doigts en le soulevant.

 

Le choix du tissu comme matériau de base et la technique de piquage, de couture avec fils et aiguille est un caractéristique que l’on retrouve dans une série de petites guitares en carton avec morceaux de tulle, ficelle et clous, qui datent de la même époque. Une page d’un carnet nous les montre d’ailleurs rassemblées.

 

Cette dimension secrète et magique des œuvres se trouvent confirmée chez lui et par ses propres déclarations. Dans une interview à CarltonLake, c’est lui-même qui fait le rapprochement entre sa guitare et les peintures de Lascaux et d’Altamira

 

(1) Aragon la peinture au défi repris dans les collages Paris Hermann 1993

Ce contenu a été publié dans Historique. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.