C’est en 1910 que les Dadaïstes allemands Georg Grosz,
John Heartfiled ,
Raoul Hausmann et
Hannah Hoöch
ont les premiers recours au photomontage en réaction à la peinture dont il dénonce l’abstraction croissante. Ces photomontages s’inscrivent dans la volonté de protester et de choquer. Ce nouvel art en 1920 est considéré comme une forme majeure du réalisme moderne. En effet le photomontage concilie imitation et composition.
Cette manière de voir domine dans le milieu dadaïste berlinois qui, s’oppose à l’expressionnisme allemand qui se veut une puissance dominatrice, réduisant la figure de l’artiste pour celle du monteur d’image (Hausmann, Heartfield), proche du technicien, contre une vision dévote de l’art et contre la figure sensible de l’artiste créateur. Assemblage, décollage, poème, affiche sont toutes des pratiques déconstructivistes qui mettent en dérision l’art et ses prétentions. Heartfield évoluera vers un nouveau type de producteur d’art : l’artiste militant dont l’oeuvre entière est porté par sa fonction, sa finalité sociale. Chez Hausmann on est dans un espace ludique, dans une conscience qui accepte de se soumettre à l’impulsion visuelle et imaginaire automatisée. Chez John Heartfield, le photomontage amène à un espace de classe. Il articule entre eux les morceaux d’un réel éclaté, afin de le rendre intelligible à celui qui est plongé dans le chaos du monde. Il représente la destitution du point de vue de la classe bourgeoise au profit du prolétariat. Dans le photomontage soviétique (
El Lissitzky ,
Alexander Rodtchenko
) c’est un espace anti-perspectiviste et anti-naturaliste, associant texte et visuel. Il vise à avoir sur le spectateur la plus grande puissance d’action possible. Le photomontage est orienté dans sa totalité par le langage : poème dadaïste chez Hausmann, slogan politique chez Heartfield et les soviétiques. Chez Hausmann le titre ne vient pas changer le sens du tableau mais, en tant qu’élément du collage, ouvre un espace à la subjectivité de chacun. Chez Heartfield il est slogan et injonction, soit extrait de discours, citation ou proverbe, comme un morceau de réalité collé au morceau de réalité qu’est la photo. Chez les soviétiques il y a une vraie sensibilité aux lettres des alphabets et à la typographie.
|