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LE DETAIL - DISPOSITIF NUMERIQUE
Ce fichier ips24 (24 images par secondes) est réalisé à partir d’un tableau de Hopper « New york Movie ». Ce dernier réalisé en 1939 est peut être le premier à montrer un écran de cinéma en peinture.
Mais un écran de cinéma presque totalement occulté dans ce tableau et porté au rang de détail. Bien que l’écran de la salle de cinéma soit le dispositif le plus important du tableau. Ce détail devient visible par contraste avec ce qui l’entoure car il se trouve dans un endroit sombre. J’utilise le numérique permet de faire défiler 24 images par secondes dans une reproduction picturale peinte. Deux univers se rapprochent ici grâce au numérique. L’univers du cinéma d’abord, le numérique ensuite où par un clignotement de 24 images par secondes j’utilise ce détail peint par Hopper. L œuvre évolue par ajout de détails.
Le détail : entre l'objet et le sujet, entre ce qui est perçu et ce qui est à percevoir. C'est un jeu de regard et d'attention qui s'ouvre, un changement d'échelle qui doit avoir un repère pour passer de l'ensemble au détail ou l'inverse. On zoome. Un détail peut-il exister tout seul ? Est-il alors encore un détail ? Et doit-on s'arrêter lorsqu'on est arrivé au détail, ou le détail peut-il se fractaliser en d'autres détails, indéfiniment ? Peut-on même parler du détail au singulier, ou bien comme d'un genre ? Ne devrait-on pas parler "des détails"? On va de la figure humaine au corps, à la main, la peau, la matière de la peau, aux pigments, voire à un en deça de la matière ? Un détail est une promenade de la perception. Que voit-elle, la perception, dans un détail? Se réfléchit-elle? Et un détail est-il jamais seul ? Lorsqu'on en est arrivé au détail, par ce chemin tortueux de la perception, n'est-on pas de fait dans une multiplicité infinie? Cette dernière n'est-elle pas une manière d'amener le regard vers..., de le faire cheminer de proche en proche ? Si la perception se déplace, c'est qu'elle a affaire à de l'hétérogène. Comment décider alors ce qui relève du visible, de ce que nous voyons, de ce qui nous regarde? Les supports contemporains de la mémoire, en proposant de nouvelles méthodes de navigation, de cheminement et de promenade, radicalisent la question du détail et de cet autre auquel il fait nécessairement référence. Un détail n'est jamais seul et quand il l'est, il témoigne alors de son isolement puisque quelque chose lui manque. Qu'est-ce qu'un détail sur Internet ? Comment hiérarchiser ce qui relèverait du détail ou du tout ? En partant d'un moteur de recherche pour trouver une information, une autre, puis une autre ? Et si le dernier détail (celui derrière lequel il n'y a plus rien) n'existe pas sur Internet, comment parler même de détail ? Et pourtant, nous avons le sentiment de n'avoir plus affaire qu'à des détails fragmentaires. L'ensemble fait défaut, comme la raison. Nous passons d'un détail à un autre, d'une perception à une autre. Nous pouvons nous y arrêter. C'est une pause. Il n'y a, il n'y aura plus de raison dernière. Le monde est disloqué. Le détail est tout aussi bien une question qui concerne l'esthétique que la pensée. Le mot même présuppose tout un régime hiérarchique: un détail c'est ce qui est particulier, un ornement, une affaire sans importance et futile, quelque chose qui peut même toucher au néant. Mais c'est aussi le précis, la sophistication, pour ne pas dire la subtilité. C'est encore la partie de quelque chose, un morceau, un déchet. Le détail n'est pas le concept. Walter Benjamin élaborait "une pensée du détail": souvenons-nous de ce jardin, de cette herbe, de ces brindilles d'herbe, chaque brin est singulier et a autant de rapport avec un autre brin qu'avec n'importe quoi d'autre. C'est par une facilité de la pensée, qui est son irrémédiable vulgarité, que nous y voyons un genre, "l'herbe", pour oublier la singularité de chaque détail. Comment les dispositifs contemporains peuvent-ils, par les cheminements interactifs, par la stratification des données, par la faculté de déplacement incessant, rendre compte de cette autre de la pensée qu'est l'esthétique des détails ? Pouvons-nous élaborer une perception de détails qui ne fassent pas référence, sous le signe du manque, à une totalité première? Un détail, mais sans nostalgie. Grégory Chatonsky -Site incident 2006 |